Démobilité: Kesako

Ce concept s’est progressivement diffusé depuis le début le milieu des années 2010. Il a notamment fait l’objet d’une étude en 2013 de la Fondation pour l’innovation politique intitulée “La Démobilité: travailler, vivre autrement”, rédigée par Julien Damon. Dans cette étude, il est rappelé que “la croissance contemporaine des mobilités peut être alternativement présentée comme incarnation de libertés nouvelles ou comme puissante menace environnementale. Sur le plan des mobilités locales, en particulier celles des actifs, les opérateurs font, avec leurs usagers et clients, le constat de la saturation des réseaux. Ils connaissent, par ailleurs, les coûts colossaux des investissements pour décongestionner. Une portion de la population vit une partie de ses déplacements, notamment pour les trajets de travail, comme une douleur. Entassés debout à plusieurs par mètre carré, à l’aller et au retour, dans des transports collectifs saturés, ces urbains ne vivent pas une mobilité souriante.3 leviers sont envisagés: le décalage des horaires, la réorganisation de la ville et le télétravail.

Ces réflexions ont ensuite été poursuivies par Bruno Marzloff dans son ouvrage “Sans bureau fixe”, paru en 2015. Il rappelait d’ailleurs que “si le déplacement ne fait pas partie du temps de travail, il en est pourtant son corollaire. Aller au travail, se traduit en moyenne par des centaines d’heures d’itérations annuelles” avec tous les effets négatifs générés sur l’environnement, la qualité de vie, le pouvoir d’achat, le stress, la fatigue, les accidents, ….

Ainsi, le travail représente un quart des déplacements, et la moitié des dépenses parcourues. Parmi ces déplacements, une part importante (près de 70%) est réalisée en voiture. Dans près d’un cas sur 3, tout ceci a un seul objectif: aller allumer son ordinateur dans l’entreprise.

A l’heure du digital, ne pourrait-on pas faire simplement transiter les données via les réseaux telecom plutôt que les hommes ?

Le principe de la démobilité dans le domaine du travail est donc très simple. Trouver des leviers et de nouvelles formes d’organisation du travail pour supprimer une partie des déplacements domicile-travail quotidien. Et pour cela, utilisons un levier: le travail à distance ou télétravail (comme nous utilisons déjà le e-commerce et demain la télésanté pour moins nous déplacer dans notre vie privée quotidienne).

Jusqu’à présent, et depuis 50 ans, toutes les politiques publiques liées à la mobilité cherchent à améliorer la manière de se déplacer et à diminuer son impact. Ce sont les grandes infrastructures de transport collectif, plus récemment le covoiturage et les modes doux, … Avec un effet très médiocre: Malgré des investissements importants, l’accès aux agglomérations est de plus en plus compliqué et la voiture individuelle représente toujours les 3/4 des déplacements et plus de 80% des distances.

Tout ceci est donc absolument inefficace pour une raison simple et pourtant systématiquement oubliée de tous les plans de mobilité: on traite la conséquence (améliorer les modes de déplacement) et non la cause: le déplacement lui-même.

Pourtant, les effets peuvent être massifs pour des coûts modestes. Sur Genève, si 20% des actifs télétravaillaient un jour par semaine (on est au-delà de 30% au Danemark),  on supprimerait 6% des déplacements de l’agglomération, soit 12 millions de déplacements par an pour 120 millions de kms.

Il est temps d’agir !