Le télétravail, on s’y met enfin … pour de vrai

Depuis près de 10ans maintenant, nous œuvrons chez Ocalia et Gowo (et avec d’autres) à faire passer le message qu’à l’heure du numérique, il est possible de travailler autrement pour faire baisser l’empreinte carbone des déplacements domicile-travail (mais aussi leurs coûts et leurs risques : accidents par ex), améliorer la qualité de vie des collaborateurs #QVT, permettre de faire baisser les charges immobilières des employeurs. On a longtemps prêché dans le désert même si cela a grandement évolué depuis 2 ou 3 ans. On a aussi beaucoup rappelé que les obstacles ne sont pas juridiques (les Ordonnances Macron se sont chargées de lever les dernières contraintes), rarement technologiques (les VPN, le mode Saas et plus généralement les outils collaboratifs et la numérisation du travail ont fait voler en éclat la plupart des contraintes) mais avant tout culturels. Ces freins tiennent à une culture du présentéisme qui fait craindre aux managers de perdre le contrôle, de désorganiser les collectifs de travail, d’isoler les collaborateurs.

Une grève SNCF et une pandémie plus tard, le télétravail est carrément cité par le chef de l’Etat dans son intervention comme un levier permettant de faire face au grand défi sanitaire actuel : de l’ombre à la lumière !

Muriel Pénicaud rappelait ce matin que près d’1/3 des emplois sont « télétravaillables » (https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-tout-ce-qui-peut-se-faire-en-teletravail-doit-etre-fait-en-teletravail-explique-muriel-penicaud_3864691.html). On peut même parler de 50% des salariés si on analyse la tâche plutôt que l’emploi. Elle ajoutait que tous les emplois « télétravaillables » devaient être « télétravaillés » !!! A la bonheur !

Ce changement radical de posture et la massification de la pratique créent cependant 1 risque: que ces changements d’organisation du travail, non anticipés, créent des dysfonctionnements dans les organisations qui ne feront que renforcer par sa pratique récurrente pendant la période de crise.

Car tous les experts qui ont déjà accompagnées et évaluées des expérimentations Télétravail savent 2 choses :

  • Que ces nouvelles organisations du travail doivent être préparées, suivies et évaluées car gérer des équipes (en partie) distantes changent les modes d’organisation, de communication et de management
  • Que la pratique du télétravail est très peu perturbante pour les équipes et les collaborateurs quand elle est temporaire : 1 à 2 jours par semaine maximum. Or, le recours permanent au télétravail pour faire face à la crise risque de durer plusieurs semaines (voir plusieurs mois) pour certaines organisations.

Malgré ces difficultés et ce contexte peu optimal quant à sa mise en œuvre, nous sommes persuadés que le travail à distance sera de nouveau plébiscité à l’issue de cette période.

Pourtant, nous faisons aussi le pari qu’avec le retour à la normale (on l’espère), les lobbys de la mobilité nous expliqueront de nouveau (sans le démontrer) que le télétravail a plein d’effets rebond et ne réduit pas significativement les déplacements liés au travail (voir il les augmente : ben voyons !). Et oui, parce que tout d’un coup, quand on fait du télétravail, on se met à multiplier les micro-déplacements pour aller chercher les enfants à la crèche (alors que d’habitude ils rentrent en stop), parce qu’on va aller faire nos courses chez les petits commerçants du coin (plutôt que d’aller dans la grande surface de périphérie sur l’itinéraire habituel), ou parce qu’on va déménager encore plus loin de son lieu de travail (c’est vrai que ce dernier risque existe)….

Par ailleurs, les managers récalcitrants nous diront que cela déstructure les collectifs de travail. C’est effectivement plus simple plutôt que de changer de méthode de management, développer la confiance et l’autonomie des équipes, passer au mode projet, …

Et puis on nous dira aussi que cela ne concerne pas tout le monde et que cela crée des inégalités. C’est vrai que tout est absolument égal par ailleurs.

 

Tout sera donc reparti pour un tour …

 

Ou peut-être pas, car cette fois-ci (faisons un rêve), le bon sens l’emportera et à défaut de régler tous les problèmes de la planète en un clinquement de doigt, on se dira que l’on peut commencer par ça : fort impact – faible coût !

Car il convient de rappeler quelques chiffres (je vous laisse faire le calcul): Selon l’Insee, il y a près de 17 millions de navetteurs (ceux qui quittent leurs communes de résidence pour aller travailler dans une autre commune). 70% de ces déplacements sont effectués en voitures individuelles. Dans un cas sur 2, ces salariés parcourent en voiture plus de 15 kilomètres pour atteindre leur lieu de travail (soit 30 kms A/R) et dans un cas sur quatre, plus de 26 kilomètres. Ce temps de trajet domicile-travail dure en moyenne une 20aine de minutes (plus de 40 A/R).

Du coup, pour un seul jour de télétravail par semaine (vous conviendrez que cela a peu d’impact sur le collectif de travail et ne devrait pas entrainer un trop grand isolement du collaborateur), c’est pour 30% des salariés, 20% de moins de tout ça : 20% de kms effectués en moins, 20% d’essence en moins pour ceux qui font le trajet en voiture, 20% de temps perdu dans les trajets en moins, ….

Alors, on se bouge enfin, pour de vrai !

#télétravail #démobilité